Accompagner un frère ou une soeur : entre défis et réalités

Témoignages et bonnes pratiques de celles et ceux qui le vivent.
L’aidance a de multiples visages. Elle se vit entre conjoint•es, entre parents et enfants, parfois entre ami·es. Mais plus discrètement, elle s’invite aussi dans la fratrie. Aider son frère ou sa sœur n’est pas toujours un choix conscient : le rôle s’installe progressivement, ou surgit brusquement à l’occasion d’un événement de vie (maladie, handicap, vieillissement, rupture de parcours…). Voici les retours d’expériences de Freds déjà passés par là.
Une relation pas comme les autres
L’une des grandes spécificités de l’aide entre frères et sœurs tient à la nature même de ce lien. Les relations fraternelles comptent parmi les plus longues d’une vie. Elles commencent dans l’enfance et traversent les âges, avec leurs souvenirs communs, leurs complicités et parfois leurs rivalités. Quand le soutien s’installe au sein de la fratrie, il peut prendre des formes très diverses, à différents moments de la vie. Cela peut être par exemple deux sœurs vieillissantes qui veillent l’une sur l’autre ou encore un enfant qui grandit aux côtés d’un frère en situation de handicap. Ce rôle peut apparaître tôt, se renforcer après le décès des parents ou venir s’ajouter à un quotidien déjà bien chargé. Dans tous les cas, il oblige souvent à composer avec plusieurs casquettes à la fois, une accumulation qui peut, à la longue, générer une grande fatigue, voire un véritable épuisement.
Comme le souligne Sandrine qui épaule son frère atteint d’un cancer des poumons : “Je ne suis plus seulement sa sœur. Je suis devenue celle qui veille et qui rassure. Sœur et mère à la fois, sans l’avoir vraiment choisi et c’est une lourde responsabilité à porter.”
Son témoignage illustre d’ailleurs une autre réalité fréquente : malgré une implication forte, beaucoup de frères et sœurs ne se reconnaissent pas comme proches aidants, assurant pourtant les rendez-vous, les démarches et le soutien émotionnel et matériel de la vie de tous les jours.
De plus, lorsque la maladie, le handicap ou le grand âge s’invitent dans la relation, les liens fraternels se transforment profondément. L’aide se vit parfois par à-coups, parfois dans la durée, mais elle vient toujours bouleverser l’équilibre initial. “J’ai dû faire le deuil du frère que j’avais connu. Tant que je résistais à cette réalité, je m’effondrais” raconte Paul qui aide son frère de 35 ans atteint d’un trouble psychique. Un vécu qui fait écho à celui de Sylvie au sujet de son jumeau vieillissant : “aider quelqu’un qui perd en autonomie, c’est aussi accepter que la personne change : le caractère évolue, les réactions aussi, c’est une sorte de deuil avant l’heure.”
Dans ces situations, un sentiment revient fréquemment chez de nombreux·ses Freds : la culpabilité. Celle d’aller bien quand l’autre souffre, de ne jamais en faire assez, ou au contraire de s’épuiser à vouloir trop faire. Ces émotions peuvent déstabiliser, mais elles coexistent parfois aussi avec des moments de tendresse et de reconnaissance.
Sophie, dernière d’une fratrie de six enfants, a accompagné son frère de 2018 à son décès en 2024. Malgré seize ans d’écart, elle se souvient parfois l’avoir “grondé” lorsqu’il négligeait son traitement. “Beaucoup de médecins pensaient que j’étais sa fille. J’aimais la façon dont il les corrigeait : “Non, c’est ma petite sœur.” Il y avait tellement de tendresse entre nous.”
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3 conseils pour mieux appréhender ce rôle
1 - En parler autour de vous et ne pas vous isoler
Pouvoir partager ce que vous vivez fait souvent une grande différence. Exprimer votre fatigue, votre impuissance ou votre inquiétude aide à desserrer l’étau. Associations, groupes de parole ou professionnel·les peuvent vous offrir un espace où vous vous sentez compris·e, sans avoir à vous justifier.
“J’étais complètement désemparé. Sortir de mon silence m’a permis de reprendre pied” souligne Florent.
Cela peut aussi vous permettre de bénéficier d’informations et de conseils pour mieux accompagner votre proche. Comme le raconte Élodie, dont la sœur est atteinte d’Alzheimer précoce : “Grâce à l’association France Alzheimer, j’ai trouvé un vrai soutien. On m’a accueillie, écoutée et aidée à comprendre la maladie et ses conséquences. Voir des personnes qui ont traversé la même situation et qui y arrivent m’a apporté beaucoup de sérénité. Quand on est dans un tunnel et qu’on ne voit plus la lumière, c’est un soutien précieux.”
Ce qui peut vous être utile :
- Des lignes d’écoute, comme Avec Nos Proches (pour parler avec un·e ancien·e aidant·e de votre région) ou Psytel (pour échanger avec un·e thérapeute qualifié·e).
- Des associations et groupes d’aidant·es comme Bonjour Fred, pour partager vos expériences et trouver du soutien.
- Votre médecin traitant ou un·e assistant·e social·e, pour obtenir des conseils pratiques et des informations adaptées à votre situation.
- La plateforme Carenity, un réseau social gratuit truffé de fiches pratiques sur différentes pathologies.
2 - Identifier vos besoins et poser vos limites
Prendre soin de votre frère ou de votre sœur demande aussi de rester attentif·ve à vos propres besoins. Les nommer et les partager peut éviter bien des frustrations et, surtout, prévenir l’épuisement. Poser des limites ne remet pas en cause l’amour ou l’engagement ; au contraire, cela permet souvent de préserver la relation dans la durée.
Élise, qui accompagne son frère depuis plusieurs années, raconte combien cette prise de conscience a changé son quotidien : “J’ai compris que je devais poser un cadre clair dans mon rôle. Aujourd’hui, mon frère sait qu’il peut compter sur moi. Mais il sait aussi que je ne suis pas disponible en permanence. J’ai repris de l’espace pour moi, et notre relation s’est apaisée.”
Pour d’autres, le principal enjeu reste la communication. Marion, dont la sœur demande beaucoup d’attention, évoque la difficulté de préserver sa “bulle” : “Quand ce n’est pas urgent, je propose qu’on passe par des messages plutôt que par appels pour avoir un peu d’air. Parfois, mes mots sont mal compris alors je prends le temps de reformuler, ce qui n’est pas toujours simple.”
Prendre du temps pour vous et avancer pas à pas permet de trouver un meilleur équilibre et in fine de mieux accompagner votre proche.
Ce qui peut vous être utile :
- Notre article sur la communication non violente, pour faire passer vos messages avec plus de douceur et de clarté.
- Les articles de notre rubrique “Prendre soin de soi”, pour explorer différentes façons de souffler et lâcher prise.
3 - Partager les responsabilités et déléguer
Vous n’avez pas à tout porter seul·e, même si le quotidien peut parfois donner cette impression. Autour de votre proche, d’autres personnes peuvent être présentes : frères et sœurs, membres de la famille élargie, ami·es… chacun·e avec ses possibilités, ses limites et sa manière d’aider. Prendre le temps d’en parler ensemble permet souvent de clarifier les rôles et d’éviter les malentendus.
Danielle se souvient avoir longtemps eu le sentiment de tout gérer seule : “J’avais l’impression de tenir la situation à bout de bras, tandis que mes sœurs auraient pu s’impliquer davantage. Cela réveillait parfois des tensions anciennes et rendait les décisions compliquées. Mettre en place des temps d’échange réguliers nous a aidées à ajuster les choses, et même à partager des moments plus agréables.”
Émilie, elle, a dû faire entendre sa réalité : “Mes frères attendaient beaucoup de moi parce que soi-disant “je suis une femme et que mes enfants sont grands”. Leur expliquer concrètement tout ce que je faisais, et en parler aussi à des cousin·es, a permis une vraie prise de conscience.”
Il existe également des aides extérieures sur lesquelles vous pouvez vous appuyer. Portage de repas, services de transport, aides à domicile… Autant de dispositifs qui permettent d’alléger le quotidien et de retrouver un équilibre plus soutenable.
Ce qui peut vous être utile :
- Notre parcours “S’entourer pour prendre du répit”, pour découvrir des solutions concrètes et dégager du temps pour vous.
- Notre parcours “Adapter le quotidien à domicile”, pour explorer des aménagements, petits ou grands, qui facilitent la vie de votre proche… et la vôtre.
- Notre article pour apprendre à demander de l’aide, sans culpabiliser.
- Notre article pour organiser un conseil de famille, avec en bonus une ressource vers un service de médiation lorsque les échanges tournent au vinaigre.
Bon à savoir !
Une dernière citation pour la route, comme un baume au cœur : celle de Janine, qui accompagne son frère depuis plusieurs années. “La maladie a changé notre trajectoire, mais elle nous a aussi appris à avancer ensemble. Le lien qui nous unit aujourd’hui est devenu une force.”
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