Savoir demander de l’aide

Être Fred est loin d’être de tout repos et un peu d’aide de temps en temps serait la bienvenue. Voilà nos pistes pour savoir vers qui se tourner et comment formuler sa demande.

Pour Marie, une Fred de la communauté, « quand on est Fred, il faut savoir demander de l'aide sans culpabilité ». Et pourtant, beaucoup d’aidant(e)s éprouvent des difficultés à exprimer leurs besoins, quitte à s’épuiser et à souffrir de la situation. Pour comprendre ce qui peut empêcher de franchir le cap, on a posé la question à Bertrand, psychologue.

Pourquoi avons-nous du mal à demander de l’aide ?

Selon Bertrand, plusieurs facteurs entrent en jeu, à commencer par les valeurs véhiculées par la société qui « promeut l’indépendance, l’autonomie et l’individualisme. Quand on demande de l’aide, on va à rebours d’une image ou d’un fonctionnement que la société exige de nous » explique-t-il.

Sur le plan individuel, demander de l’aide peut bouleverser l’image que l’on a de soi-même. « On entend parfois des gens dire « je dois l’aider parce que je suis sa femme/son mari ». Selon eux, ils ont un devoir. S’ils ne le respectent pas, ils ont l’impression d’y faillir, ce qui engendrerait un changement trop important de l’image qu’ils ont d’eux et de leur rapport au monde. Souvent les gens ne demandent pas d’aide parce que de leur point de vue, ils n’en ont pas besoin. »

Enfin, il y a aussi la peur de la réaction de l’autre. On redoute de lui faire du mal en lui demandant de l’aide car il se retrouvera, à son tour, dans la même situation que nous.

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Comment oser ?

Avant tout, en comprenant que la première personne à qui l’on doit demander de l’aide, c’est soi-même. « Accepter de reconnaître ses difficultés et ses limites est moins évident qu’il n’y paraît. Demander de l’aide est un acte qui requiert une force et une confiance en soi impressionnantes » explique Bertrand.

UN DERNIER MOT POUR LA ROUTE

Y aller pas à pas en commençant par une demande anecdotique comme se faire aider pour monter ses courses ou réaliser une commande en ligne. « Même la plus petite requête va contribuer à amorcer un changement et faciliter les demandes par la suite » (Bertrand).

Apprendre à formuler une demande

Le choix des mots et les tournures de phrases ont de l’importance pour faire entendre sa demande à autrui. Mais avant d’exprimer votre souhait, on vous conseille de passer par ces 3 étapes :

#1 Observer la situation pour comprendre ce qui vous fait réagir.
Par exemple, pour Sylvie, aidante de son papa, le point de départ pourrait être celui-ci « Papa a besoin d'une nouvelle ampoule pour sa chambre, mais je n'ai pas le temps de m'en occuper. »

#2 Être à l’écoute des sentiments que vous ressentez.
Ici, Sylvie pourrait exprimer : « J'ai l'impression d'être la seule à pouvoir m'en charger. »

#3 ...Identifier et prendre conscience de ce dont vous avez besoin.
Si on récapitule pour Sylvie : « Papa a besoin d'une nouvelle ampoule pour sa chambre, mais je n'ai pas le temps de m'en occuper [observation], j''ai l'impression d'être la seule à pouvoir m'en charger [sentiment], j'aimerais bien être relayée par mon frère de temps en temps. [besoin précisé]. »

À l’issue de ces étapes, votre demande se dégagera plus clairement dans votre esprit. « Une fois que l’on a détecté le besoin, on peut passer à l’action et donc être capable de demander de l’aide », confirme Zeyno, formatrice en Communication Non Violente (CNV).

Pour réussir à la formuler au mieux, on peut garder en tête la méthode C.R.A.P.O. Cet acronyme, plus doux qu’un crapaud, désigne les points clés d’une demande :

  • Concrète, elle est suffisamment claire et détaillée.
  • Réalisable, la personne à qui l’on exprime sa demande est en mesure de la réaliser.
  • Actualisable, entre la demande et le moment M, il est possible que la personne puisse revenir sur sa décision, son « oui » n’a rien d’obligatoire ni de définitif. 
  • Positif, en exprimant ce que l’on veut, son besoin et non ce que qu’on ne veut pas ou plus. 
  • Ouverte, en laissant la possibilité à l’autre de faire des modifications.

Si on reprend l'exemple précédent, Sylvie pourrait demander à son frère « Serait-ce possible pour toi d'acheter une nouvelle ampoule pour la chambre de papa ? ».

Pour tout savoir sur la CNV, nous vous invitons à lire notre article communiquer en toute zénitude.

Comment apprivoiser le refus ?

En commençant par des demandes anecdotiques car le refus est plus simple à accepter quand il n’y a pas de gros enjeux. « Si l’on fait une demande très grande ou très lourde du jour au lendemain, il y a plus de chances que les personnes refusent » explique Bertrand.

Par ailleurs, « quand on formule une demande, c’est pour nourrir son besoin mais on n’attend pas que cela vienne d’une personne précise qui doit faire quelque chose pour nous. La demande doit être détachée de la personne. On ne cherche pas à savoir à quel point elle nous aime à travers sa réponse.  Un « non » ne signifie pas que l’on est rejeté·e ou mis à l’écart » poursuit Zeyno.

Il est aussi important de savoir faire la différence entre une demande et une exigence. « Une exigence, on la reconnaît quand la requête que l’on formule ne peut pas supporter un “non” pour réponse. À l’inverse, une demande peut toujours en accepter un sans problème » conclut Zeyno.

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