Maltraitance envers son proche : nos conseils pour la prévenir

Journées à rallonge, stress, méchanceté de son proche… Accompagner quelqu’un au quotidien est loin d’être de tout repos et la cocotte peut vite siffler. Le problème ? Cela peut impacter notre relation d’aide. Allant parfois même jusqu’à une forme de maltraitance envers la personne malade ou en perte d’autonomie. Voici les conseils d’une experte et d’autres aidant·es pour éviter que cela se produise.

La maltraitance : un seul mot mais plusieurs formes existantes

Je passe par des périodes d'énervement absolu où je suis à 2 doigts d'être méchant avec mon père. C'est insupportable car je culpabilise directement après comme je l’aime de tout mon cœur. Je crois que ces moments où nous sommes à la frontière de la maltraitance arrivent à de nombreux aidant·es” raconte Henri sur le groupe Facebook des Freds.

Comme il le souligne, les actes de maltraitance envers une personne dépendante arrivent (malheureusement) dans de nombreuses situations. En effet, l’OMS révèle qu’en 2022, 1 sénior sur 6 en a connu dans son environnement proche. Différents types de maltraitance existent, comme par exemple : 

  • La maltraitance psychologique (violence verbale, insultes…). C’est ce qui est arrivé à Noémie auprès de son mari : “Depuis son AVC, j’ai beaucoup de mal à le comprendre car il ne dit pas les bons mots. C'est très fatiguant et cela crée beaucoup de quiproquos. Parfois, je perds patience et je m'énerve sur lui alors que ce n'est pas de sa faute”.

  • La maltraitance physique (signes d’impatience, d’agacement ou encore d’agressivité envers son proche). “Maman se levait 1000 fois par nuit en criant “au secours”. J’étais épuisée et il m’est arrivé de la repousser un peu brusquement dans le lit. Une fois elle a crié "on me tue !" . Ça m'a choquée d'en arriver là et ça a été pour moi le signal de la limite atteinte” partage Pascale en toute transparence.

  • L’absence de soins. Avec la fatigue, on peut en venir à oublier des rendez-vous médicaux, oublier de donner à notre proche des médicaments, de changer ses draps ou encore de lui faire sa toilette par exemple. Résultat : son état de santé peut se dégrader très rapidement. 


Qu’est-ce qui explique que l’on puisse en arriver à ces actes de maltraitance ? Une multiplicité de facteurs peuvent jouer. “Incompréhension du comportement de son proche, difficulté à déléguer certaines tâches par peur “de l’abandonner”, stress financier… Autant de choses qui poussent bien souvent les aidant·es à ne pas s’arrêter, alors qu’il·elles sont épuisé·es autant physiquement que mentalement. C’est lorsque l’on dépasse nos limites qu’un geste de maltraitance a le plus de chance d’être commis” explique Maïté Fontaine, psychologue. 

Les signes qui doivent vous mettre la puce à l’oreille

J’ai mis du temps à le comprendre mais quand on ne va pas bien soi-même, on ne peut pas prendre soin de quelqu’un d’autre. Il faut donc être à l’écoute de son corps et de ses besoins” relate Bianca, qui a frôlé le burn-out il y a quelques mois.

Comme elle le dit, que ce soit pour vous comme pour votre proche aidé·e, il est essentiel de ne pas ignorer les signaux avant-coureurs qui montrent que vous atteignez vos limites. En voici quelques-uns : 

  • Une fatigue généralisée qui s’exprime par exemple via des douleurs, des troubles du sommeil ou de l’alimentation…

 

  • Des signes d'irritabilité, d’agacement ou au contraire d’indifférence : vous vous sentez régulièrement “à fleur de peau” et vous pouvez avoir des pensées très négatives envers votre proche, allant même parfois à ne plus le·la supporter. 

 

  • Un sentiment d’échec / d’incapacité à être à la hauteur de votre rôle peut vous assaillir. Vous vous dévalorisez et perdez confiance en vous.

 

  • Une forme de repli sur vous-même : vous mettez de côté votre vie sociale et vos loisirs pour vous concentrer sur votre proche.

  • Des oublis fréquents : vous avez des difficultés à vous concentrer sur des tâches simples et à retenir certaines informations importantes.

  • Du côté de la personne aidée, des changements de comportement peuvent également survenir : manque d’appétit / d’intérêt ou encore expression de peur dans les yeux par exemple. C’est ce qui a permis à Brigitte de tirer la sonnette d’alarme : “Entendre mon mari me dire qu’il avait peur que je m’énerve quand il me posait plusieurs fois la même question, ça a été un électrochoc : j’ai compris qu’il fallait que les choses changent pour que ça n’empire pas.” 

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Que faire si ces signaux font écho chez vous ?

Voici plusieurs bonnes pratiques partagées par les Freds que vous pouvez mettre en place : 

  • Vous octroyer un moment de pause quand la tension monte. Astuce qu’Annick a déployé lorsque sa mère lui a envoyé une boîte de sardines en mangeant : “Je l’ai laissée dans la cuisine quelques instants et je suis allée me ressourcer dans le jardin. À mon retour après avoir repris mon calme elle m’a dit : “tu n’aimes pas les sardines”, j'ai souri et lui ai juste dit “j'en ai trop mangé petite”, là elle s'est calmée et s'est assoupie dans le canapé devant la télé. J’étais très fière de moi de ne pas avoir laissé mes nerfs prendre le dessus.

  • Vous renseigner pour mieux comprendre les comportements de votre proche. “Au début, comme je ne comprenais pas la maladie de mon mari et que je ne le reconnaissais plus, ça me rendait agressive. Je me suis beaucoup informée à travers des lectures et en posant des questions au médecin et personnel soignant qui le suivent : ils m’ont tous m'ont apporté des explications sur sa personnalité nouvelle et m'ont donné des recommandations pour m'adapter et comprendre. On est moins agressif·ve si l'on comprend l'autre !” conseille Josiane. Sur ce point, le réseau Carenity pourrait vous être utile. L’idée ? Un réseau social truffé de fiches pratiques sous forme d'articles, de vidéos d'experts ou encore de témoignages patients. C’est par ici pour en savoir plus.

  • En parler autour de vous. Trouver un soutien moral est essentiel pour que vous puissiez vider votre sac et vous confier sur ce que vous vivez. Cela peut se faire à travers des lignes d’écoute (comme la ligne “Au bout du fil” par exemple), des groupes de soutien entre aidant·es (comme nos groupes Facebook Bonjour Fred) ou encore des associations d’aidant·es (comme les “Cafés des Aidants”). Si cela devient trop lourd, vous pouvez aussi être accompagné·e par une personne extérieure comme un·e médecin ou un·e psychologue. Psytel, l’association qui propose par téléphone, une écoute thérapeutique par des professionnel·les qualifié·es peut notamment être une option judicieuse.

  • Faire appel à des aides extérieures pour vous épauler (que ce soit auprès de professionnel·les ou d’autres membres de votre entourage). En ce qui concerne les aides à domicile, on a écrit un article juste là avec des conseils pour choisir le service correspondant à vos besoins et à ceux de votre proche. Ensuite, différentes solutions existent pour alléger votre quotidien de manière permanente ou temporaire, comme des plateformes de répit, l’accueil de jour et de nuit, l’accueil familial… “Papa va à l’accueil de jour une fois par semaine désormais. L’occasion pour moi d’aller faire des soins du visages ou un peu de shopping avec une amie. Ces moments d’accalmie m’apaisent un peu et on profite davantage ensemble ensuite” souligne Catherine.
  • Prendre soin de vous en faisant des choses qui vous font du bien. “J’étais parfois agressif face à la dureté de la situation. Je me suis fait aider par une psychologue et j’ai découvert récemment le yoga du rire. Chaque séance me procure un bien être fou” partage Jean. Même constat chez Martine : “depuis que je participe à des sorties avec un groupe de randonneurs, je suis plus sereine”. Une petite panne d’inspiration sur les activités qui pourraient vous procurer du plaisir ? On vous recommande d’aller jeter un coup d'œil à nos articles dédiés par ici. Cela pourrait bien vous donner quelques idées et vous permettre de prendre du recul sur la situation.

UN DERNIER MOT POUR LA ROUTE

Pour aller plus loin

Mots blessants, manque de reconnaissance, pression... Voir quelqu’un, jusqu’à alors doux et bienveillant devenir hostile voire agressif du fait de la maladie ou de l’avancée en âge peut être déroutant et frustrant lorsque l’on est aidant·e. Pour faire face à la méchanceté de votre proche, on vous partage des stratégies juste ici.

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